La fêlure

Le Wa installé, le souffle équilibré, en aucun cas troublé par l’excès de tabac. L’énergie se dilate vers l’extérieur et revient en vrac à la manière d’un parfum, lors d’une respiration, d’un éclat de rire ou en admirant une gargouille cachée dans le recoin d’une ruelle. Dans ces moments-là, le rythme devient immuable, le tempo ne peut être brisé, suspendu, jamais brisé.


Dans cet état de grâce qui peut durer des heures ou des semaines, l’inquiétude disparaît, aucun souci, pas la moindre trace d’angoisse. Les objets deviennent vivants et les gens se révèlent. Ils offrent une partie de leur univers, une parcelle de leurs songes et de leurs désirs. L’idée naît qu’une alliance peut se créer où le jeu, le rêve et l’humour s’installent, se délivrent vraiment. Le monde s’habillerait nonchalamment d’un éternel printemps.


L’idée n’est pas toujours partagée. 
Les dragons et les anges de pierre à l’angle des églises ont toujours l’air de s’envoler. Pourtant, ils restent immobiles depuis des siècles.
 L’idée n’est pas toujours partagée.
Une fêlure s’ensuit.
 Une faille à peine perceptible. 

Une fissure suffisante… Une fissure qui permet à l’oubli d’envahir lentement le puits.